Résidence de recherche et d’expérimentation avec les artistes Agnès Gaulin et Sandra Calderan – Dans le ventre de Pandore

À l’heure où la parole se libère, ou plutôt que la capacité d’écoute semble vouloir être activée,
Alors que cette même parole est expertisée, tronquée, noyée, ou devient source de changements,
Alors que la confiance en l’autre est en lutte contre l’individualisme, la peur, le profit, Agnès Gaulin et Sandra Calderan s’interrogent sur la nature du secret.

Petit, gros, terrible, le secret soulève plus de questions que de réponses.

Doit-on toujours dévoiler nos secrets, à qui, sous quelle forme, dans quelles circonstances ? Que faire d’un secret révélé, où le déposer, quels échos ou séisme en soi éveille cette délivrance, quels remous autour de soi provoquent cette fuite volontaire ou non… Il est alors question de censure, d’auto-censure, de pudeur, de pouvoir aussi. Il est aussi question de temps, de génération, de transmissions, de transpositions.

Et si Pandore avait raison ? Si, au lieu de la considérer comme traîtresse de l’humanité, nous revoyions cette figure comme première guérisseuse des maux ? Un mal caché est un mal que nous ne pouvons pas soigner. Nous proposons, en filigrane, de garder cette figure mythique en tête, afin de la revisiter et de lui donner un nouvel éclairage.

Première étape : La fabrication d’un récit

La première étape de la résidence est envisagée au sein du théâtre. Sur dix jours, il sera question pour les 2 artistes de collecter les récits autour du secret, les textes mythologiques sur Pandore, les émissions de radio, les œuvres littéraires, et bien sûr les textes ou extraits de textes dramaturgiques.

Deuxième étape : résidence in situ, à la rencontre du public

Pour cette étape, il sera fait appel à une créatrice sonore, Élisa Monteil, qui pourra imaginer, en étroite collaboration avec un enseignant de construction et sa classe option « métiers d’art et du spectacle » du Lycée technologique Jules Verne de Sartrouville, une machine à enregistrer ses secrets, une sorte de « Secrematon ». 

Les artistes sortiront ensuite du théâtre, à la rencontre des publics partenaires de la résidence de recherche.

Le premier temps sera consacré à la transmission des textes écrits et collectés, mise en voix et en espace dans les établissements partenaires.

Le second temps consistera, par le biais d’ateliers d’écriture et inspirés de techniques d’éducation populaire théâtralisées, à ouvrir la voie aux jeunes. Les aider à fabriquer leurs récits autour de leurs secrets, réels ou fictionnalisés, mais toujours transformés. Cette étape de travail se fera avec un groupe associant adolescents et personnes âgées au sein de la Maison de Quartier des Louvrais à Pontoise.

Troisième étape : le retour au théâtre

Ce qui aura été demandé au public sera précieux : sa parole, sa confiance, ses humeurs, sa vérité vraie ou inventée. Il sera temps alors que les questions de distanciation et de mise en œuvre sous le prisme « spectaculaire » reviennent au cœur de la recherche.

Ainsi, s’initiera le retour au théâtre, lieu magique d’incarnation, amplificateur poétique, espace de métamorphoses. Les artistes retravailleront les matériaux collectés, afin d’offrir aux publics participants un rendu de leur travail au sein du Théâtre de l’Usine. 

Et enfin, peut-être, s’ouvrira une nouvelle étape, de création cette fois ci.

Les acteurs et actrices du projet

Artistes intervenants

Agnès Gaulin, Sandra Calderan et Elisa Monteil

Etablissements scolaires participants

Le Lycée des métiers Jules Verne de Sartrouville.

Structures partenaires

La Maison de Quartier des Louvrais (jeunes et séniors).


Sortie de résidence

mercredi 12 janvier à 14h
au Théâtre de l’Usine
(réservée aux participants et partenaires de la résidence)


Théâtre et Démocratie

L’être humain est un être essentiellement social et non un être solitaire comme le défendait Jean-Jacques Rousseau. L’individu a besoin des autres pour survivre.
La démocratie cherche une règle commune permettant de vivre ensemble, de s’accorder, de corriger les injustices et d’éviter les massacres. De fait, elle cherche à résoudre une contradiction qui naît des deux principes sur lesquels elle se fonde :
1) égalité des conditions d’accès pour tous au savoir, aux droits, etc…
2) indépendance, autonomie de chaque individu. C’est dire avec Jacques Rancière, que “la crise est consubstantielle à la démocratie”.
Aujourd’hui, si l’on écoute Alexis de Tocqueville, ce serait l’individualisme qui menacerait notre démocratie : la conception que nous avons de la liberté moderne se fondrait sur le seul progrès de notre confort personnel… Le théâtre peut, modestement certes, s’opposer à cette dérive dangereuse en réveillant le sentiment du collectif. Oui, “le théâtre est bien un lieu de parole qui rassemble un groupe humain, mettant en présence réelle spectateurs et acteurs. Il contribue à maintenir l’usage d’une parole (sonore et signifiante) et reste de ce fait un lieu fondamental de la réorganisation sociale, où se maintient et se développe une culture commune (...). La notion de ce théâtre démocratique ne s’appuie pas sur le postulat totalitaire inepte que nous aurions tous à devoir être égaux et tous ensemble à fusionner dans une même émotion mais elle se fonde sur le fait que nous sommes tous semblables en tant que membres appartenant à la même espèce. Semblables et différents.

Théâtre et démocratie, conférence tenue par Hubert Jappelle le 26 mai 2005 à l’Université de Cergy-Pontoise.